samedi 6 octobre 2012

Aurélie NEMOURS

 Nombre et Hasard (1992), Huile sur toile

Le caractère secret de l'artiste, ainsi qu'une certaine désaffection à l'égard de l'abstraction, qui plus est géométrique, ont valu à l'œuvre d'Aurélie Nemours une reconnaissance institutionnelle quelque peu tardive. Ses débuts sont pourtant contemporains de l'hégémonie de l'abstraction dans l'après-guerre, et de la multiplication de ses tendances de part et d'autre de l'Atlantique.

La radicalité du langage plastique en fait une œuvre particulièrement audacieuse.
Au début des années cinquante, c'est l'abandon des courbes, qui entraîne avec elles toute référence figurative. Puis celui des obliques, capables par l'instabilité de leurs équilibres, d'évoquer encore mouvement et profondeur. L'espace et le temps physiques sont définitivement bannis. Dès lors ne reste que l'essentiel : verticales, horizontales, et les signes qu'elles inscrivent sur la toile.

La croix, le carré. Ou encore le point, originel, concentré d'énergie, et la surface, délimitée, et puits sans fond d'un vide en expansion. L'œuvre soumet la suprématie de ces formes élémentaires et neutres à une construction rigoureuse et sans concession. Elle les organise, ou les produit, selon des systèmes, plus intuitifs que calculés, fondés sur la grille, ou le mode sériel. Elles ouvrent des espaces de tensions retenues, entre plein et vide, contenant et contenu, unité et multiple. La série des Rythmes millimétrés s'offre ainsi comme une équivalence visuelle d'une musicalité sérielle, où la répétition ne produit jamais du même.
Ces vibrations répondent à celles des couleurs, soumises elles aussi à réduction, non pour en évacuer des teintes, mais au contraire pour les autonomiser, par isolement, juxtaposition, retranchement, ou circonscription, jusqu'à ce que chaque monochrome soit « chargé de l'ensemble du spectre ».

La rigueur millimétrée d'Aurélie Nemours échantillonne une vitalité essentielle fondée sur le rythme, et la palpitation des nuances. Vibrations que ne rebute pas l'effet optique.


L'Innombrable est ainsi composé d'une grille de plus de 17 000 petits carrés noirs qui sont invisibles quand le regard veut les saisir. Il les synthétise en une vague mouvante. Ondulations qui jaillissent encore de la juxtaposition des aplats colorés aux nuances presque indifférenciées, insaisissables par le regard distrait, et qui imposent une absorption totale dans l'espace du tableau.





L'Innombrable, (1977-1998)
Sérigraphie sous cadre altuglas

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